Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,
C’est pour moi un grand plaisir de vous retrouver de nouveau à l’occasion de cette assemblée générale, dans le cadre de nos rendez-vous périodiques visant à assurer le suivi de nos productions, à en présenter les nouvelles et à mener à leur terme les plans d’action annuels issus des travaux des commissions permanentes, des commissions ad hoc, des groupes spéciaux de travail ainsi que les projets de l’Instance Nationale d’Évaluation.
Vous n’êtes pas sans savoir que l’ensemble des questions et problématiques ayant fait l’objet de travaux du Conseil ont été soumises à l’Assemblée générale pour délibération et adoption, alors que d’autres chantiers inscrits aux plans d’action des commissions et de l’INE, au titre de l’année en cours, sont encore au stade de traitement et de finalisation.
D’autre part, dans le cadre de ses prérogatives, le Conseil continue de se prononcer sur diverses problématiques soulevées par l’actualité des secteurs de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, dont l’examen a atteint un niveau de maturité suffisant, eu égard à leur caractère déterminant pour le système d’éducation, de formation et de recherche scientifique.
Dans ce contexte, la thématique qui sera au centre de nos délibérations, à l’occasion de la présente session, porte sur l’Intelligence Artificielle, dans le cadre de la préparation d’une recommandation qui sera émise par le Conseil à cet effet, et qu’il a été décidé d’intituler « Pour l’adoption d’une politique publique dans le domaine de l’Intelligence Artificielle en éducation, formation et recherche scientifique ».
Il convient de signaler que ladite recommandation s’inscrit dans la mise en œuvre des contenus de la note d’orientation relative à la deuxième moitié de l’actuel mandat du Conseil, laquelle a défini les thématiques qui seront traitées au cours de l’année en cours, dont celle de l’Intelligence Artificielle.
De même, cette recommandation constitue une réponse vigilante du Conseil face aux mutations accélérées que connaît la technologie de l’IA, ainsi qu’aux effets de plus en plus marquants qui en découlent dans les divers domaines de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, et à leurs répercussions sur les métiers. Cela appelle à encadrer le numérique et l’intelligence artificielle, non seulement dans leurs dimensions techniques, mais aussi au regard de leurs incidences profondes sur l’éducation des générations montantes, la production des contenus et des idées, les modalités d’acquisition et de production des connaissances, ainsi que les transformations susceptibles d’affecter les métiers. Il importe dès lors de développer une conscience claire des enjeux liés à l’intelligence artificielle, de ses modalités d’usage, mais aussi de ses limites.
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Mesdames et Messieurs,
Il est évident que notre monde vit aujourd’hui deux révolutions numériques concomitantes qui impactent les domaines de l’éducation et de la formation :
- la première est liée à la transition numérique qui a entrainé dans son sillage les réseaux sociaux, avec les changements qu’ils ont induits dans les modes de communication des adolescents et des jeunes, ainsi que leur impact sur les relations sociales ;
- quant à la seconde, elle concerne la révolution de l’intelligence artificielle, qui a profondément reconfiguré les modes de production et de circulation des connaissances.
Ainsi, force est de constater que les effets de ces deux révolutions sont en train de transcender le simple accès au savoir pour s’étendre aux divers aspects de la vie, y compris l’économie, la société, la culture, les relations humaines, les métiers, etc. Elles exercent, par ailleurs, une influence directe sur l’éducation des nouvelles générations, la recomposition de la relation de l’individu à son environnement social ainsi que sur les processus de production des savoirs.
Dans un tel contexte, l’Intelligence Artificielle générative s’impose désormais en tant qu’acteur influent dans le système d’éducation et de formation, tant au niveau des connaissances qu’à celui des modalités d’apprentissage et d’interaction avec le savoir. Cela impose donc au système éducatif la nécessité d’intégrer l’éducation numérique et les compétences en IA parmi ses cursus, afin de permettre la formation des jeunes aux exigences éthiques, au sens critique et à une capacité de réflexion éclairée, en vue d’évaluer les productions des algorithmes et d’en limiter les dérives, tout en favorisant l’exploitation des opportunités qu’ils offrent aux domaines de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique.
Cependant, il est essentiel de souligner qu’une telle orientation ne se limite pas au développement des infrastructures numériques. Elle appelle, essentiellement, l’élaboration d’une stratégie et d’une politique publique dûment intégrée et couvrant spécifiquement les divers secteurs de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique. Cette démarche devra concerner à la fois la préparation de curricula pédagogiques clairs, la définition d’objectifs précis destinés au développement de compétences numériques, le renforcement des capacités de production des savoirs, le comportement adéquat avec les applications de l’IA, ainsi que le respect rigoureux des règles éthiques en vigueur dans le système d’éducation, de formation et de recherche scientifique.
Nul parmi nous n’ignore que, bien que des efforts importants aient été déployés pour la mise à niveau des établissements d’éducation, de formation et de recherche scientifique en matière d’infrastructures numériques, l’intelligence artificielle renvoie avant tout aux processus de production et de génération des savoirs. Ceci appelle l’élaboration d’une politique publique en la matière ainsi que l’adoption d’un cadre référentiel et d’une approche adéquate visant spécifiquement les domaines de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, de même que l’édiction de règles et de principes éthiques pour un usage responsable de ces technologies par les élèves, les étudiants et les chercheurs. Dans ce même ordre d’idées, il apparaitra nécessaire de créer un mécanisme approprié pour superviser ce projet.
Par conséquent, si nous assistons aujourd’hui à l’expansion accélérée des usages liés à l’IA, son encadrement demeurera cependant conditionné par les mesures que notre système éducatif est censé entreprendre afin de garantir une appropriation responsable et sécurisée des opportunités de l’IA.
Ce sont là, Mesdames et Messieurs les membres, les principales raisons qui ont motivé l’élaboration par le Conseil d’une recommandation sur ce sujet, aux effets déterminants sur le processus de transformation du système éducatif. Cette recommandation a reçu l’aval du Bureau du Conseil. Elle est aujourd’hui soumise à notre honorable Assemblée Générale aux fins de délibération et d’approbation.
Je ne voudrais pas conclure mon propos sans adresser mes sincères remerciements aux membres du groupe de travail spécial, dont les efforts soutenus ont permis l’élaboration du projet de recommandation qui vous est soumis, dans des délais restreints et conformément au mandat qui leur a été confié. Mes remerciements vont particulièrement à Monsieur Hamid BOUCHIKHI, le président du groupe de travail spécial, à Madame Amina LEMRINI, rapporteuse du groupe, à MM. Salah El OUADI, Mohamed BOUDIS, Mohammed ADADI, Mohammed El BERNOUSSI, Hassan MAHIR, Jamal BELAHRACH et Fouad CHAFIQI, ainsi que Mme Houda BOUGRINE, cadre supérieure au Secrétariat général du Conseil, en sa qualité de cadre d’appui et d’accompagnement des travaux du groupe de travail spécial.
D’autre part, notre Assemblée générale examinera aujourd’hui, en deuxième point, l’organisation de la réponse à la saisine adressée au Conseil par Monsieur le Chef du Gouvernement le lundi 6 avril 2026, sollicitant l’avis consultatif du Conseil sur un projet relatif au système de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Il s’agit du projet de révision de la carte universitaire publique marocaine.
Dans ce cadre, les travaux du jour porteront, d’une part, sur la prise de connaissance du contenu du projet qui fera l’objet de l’avis à venir, et, d’autre part, sur la mise en place d’une commission ad hoc chargée de son élaboration, dans un délai n’excédant pas un mois, conformément au caractère urgent souligné par le Chef du Gouvernement dans sa lettre, et en application des dispositions de l’article 2 de la loi relative au Conseil.
Je vous remercie.


































